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L'AMERTUME A-T-ELLE UN AVENIR ?

 

Vous connaissez certainement les saveurs que l’on peut percevoir avec sa langue ? Mais si, vous savez !

Il s’agit du sucré, du salé, de l’acide et de l’amer.

Vous remarquerez qu’à part le sucré, les goûts n’ont pas bonne réputation… Ne dit-on pas d’une addition qu’elle est salée alors que l’on appelle l’être chéri par des petits noms de douceur? Ne définit-on pas les vilaines remarques comme acide, surtout quand elles nous concernent, alors que les compliments sont sucrés (Mais « Gare à la flatterie, ma fille le sucre gâte les dents. » Madame de Sévigné).


L’amertume en prend aussi pour son grade. Citons par exemple Jean Simard :
« Le passé est bien passé : à le remuer, trouve-t-on autre chose qu’amertume »,
déprimant, non ?

N’oublions pas Pierre Billon :

« L’amertume finit par tuer ».
Difficile de faire plus radical !


Ajoutons à cela la forte croissance de la consommation des sodas, et cela dès le plus jeune âge, en remplacement de la simple eau ou des bières de table très peu alcoolisées et nous ne nous étonnerons plus de la grande place faite au sucre sur le marché des boissons alcoolisées.

L’évolution des pseudos bières aromatisées (appelées malternatives) le prouve. Ces boissons, qui fleurissent allégrement sur les rayons de nos supermarchés, sont créées pour répondre à une demande de notre jeunesse avide de sucre. Elevé au PSCHIIT, le jeune qui commence à consommer de l’alcool ne se jettera pas facilement sur une Pils amère. Il s’orientera plus facilement sur un whisky coca qui ne choquera pas beaucoup ses habitudes ! Alors forcément les brasseurs prennent peur. Quoi, eux plus boire bière, alors moi vendre quoi. La suite on la connaît.
Les brasseries se mettent à développer des bières aromatisées à tous les alcools possibles, toujours très sucrés, sans amertume, le tout accompagné d’un marketing puissant.


Le phénomène, qui s’était pour l’instant restreint aux brasseries industrielles, commence maintenant à gangrener l’artisanat brassicole. On plaide l’originalité et la mise en avant de produits régionaux. Mais attention danger !


Comment devons nous nous positionner, nous, artisans brasseurs devant ce nouveau marché ? Nous qui possédons un savoir faire et qui avons une vraie passion pour la bière, ne devons nous pas avant tout veiller à l’authenticité de nos produits ?

Je pense qu’il ne faut pas négliger notre rôle pédagogique dans la découverte de bières de spécialités, sans pour autant être donneur de leçon. Ayons le courage de brasser des bières avec un goût qui n’est pas forcément à la mode du moment, avec toute l’honnêteté et la sincérité qui caractérisent notre démarche.


Soyons les gardiens de l’héritage que nous ont légué des générations de brasseurs. Chérissons ces bières de caractère que sont le Stout, la Pale Ale sans oublier l’authentique Pilsener, véritable trésor doré trop inélégamment copié et malheureusement sous estimé, parfois même par les grands amateurs de bières. Redonnons à l’amertume sa véritable place dans la bière et au houblon ses lettres de noblesse. Ah l’amertume ! Cette grande dame racée qui vous prend tout le palais. Cette puissance brutale qui fait grincer vos dents. Ne la laissons pas disparaître. Qui la protégera, si ce n’est nous, les amoureux de la bière ?


Notre démarche d’artisans nous conduit obligatoirement à être en décalage par rapport aux modes et aux productions brassicoles de masse trop souvent insipides. Elle nous amène forcément à prendre nos responsabilités par rapport au message que nous faisons passer en exerçant notre métier. Faisons preuve d’originalité, oui ! Mais ne sombrons pas dans la fantaisie ridicule.

Finissons cet article sur une note d’optimisme en compagnie de Jules Renard qui a écrit : « Le bonheur est dans l’amertume ». Et il me plaît à penser, moi, qu’il ait écrit cela après avoir bu une bonne bière !

 

david.hubert@ninkasi.fr

 

 

 

 

 

Trouvez ici les chroniques rédigées par les brasseurs du Ninkasi qui ont soif de vous faire découvrir l'Histoire de la bière à travers de petites histoires de bières !
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