Gomm - « 4 »
A la fin des années 1990, quatre musiciens du Nord de la France, forts de diverses expériences au sein de groupes de rock, fondent Gomm et multiplient répétitions et concerts. Leur musique, originale et exigeante, si elle se nourrit des influences des membres du groupe (rock, krautrock, punk, post-punk…), dégage déjà une maturité et une personnalité impressionnante, amenant un public grandissant à des concerts intenses.
Quelques titres deviennent cultes (« I need », « Break machine », « Punk ») pressant le groupe à faire exister sa musique sur disque. Un premier EP « Break Machine », auto-produit, voit le jour en 2002. La pochette, déjà réalisée par King Moka pose l'identité visuelle du groupe: sobre, un rien rétro et décalée, elle se démarque des clichés de l'esthétique dominante trop high-tech.
En 2004, alors qu'il vient de terminer l'élaboration de son premier album, le groupe donne deux concerts remarqués au Printemps de Bourges qui lui ouvrent les portes d'une reconnaissance méritée. L'album, baptisé « Destroyed to Perfection » sort en licence chez Pias en février 2005 et est accompagné d'une tournée d'une soixantaine de dates.
Fidèle aux envies du groupe « Destroyed to Perfection » est un album à l’efficacité redoutable qui sait retranscrire l'intensité et l'urgence de ses performances scéniques. Voix féminine et masculine se cherchent, se complètent tantôt hystériques ou colériques, tantôt caresses. La musique s'appuie sur des rythmiques répétitives pour explorer divers univers.
Début 2006, Gomm commence à préparer son nouvel album et entame un intense travail d'expérimentations puis d'écoute et de tri parmi les nombreux morceaux déjà écrits pour n'en garder que le meilleur, pour aller à l'essentiel. 10 titres sont finalement choisis pour figurer sur l'album, dont seulement 3 d'entre eux étaient déjà joués sur scène durant la tournée précédente.
L'enregistrement se fait au mythique et confortable Black Box Studio près d'Angers avec le perfectionniste Peter DEIMEL ( connu pour son travail avec Chokebore, Deus, les Thugs, Sloy...) pour les prises de son et le mixage. Peter comprend très vite que la force de Gomm c'est l'aspect live qui en émane. Les prises sont réalisées majoritairement avec les 4 musiciens qui jouent ensemble, donnant ainsi son titre à l'album.: « 4 ».
« 4 » révèle un groupe qui pousse plus loin encore sa démarche têtue que sur « Destroyed to perfection ». Le son est compact, tendu et sec: le groupe refuse la surenchère et ne s'encombre pas de fioritures. Pourtant, les morceaux savent prendre des chemins détournés sans jamais s’égarer. La batterie impose sa rythmique, les guitares s'envolent, les claviers tournent, la basse enrobe le tout. Les voix se répondent ou s'engueulent. Les textes, aboutis, mélangent français et anglais et savent allier qualités rythmiques et formules chocs sans jamais perdre le sens.
Sur les bases qui ont assis sa réputation, Gomm s'autorise toutes les audaces. De l'entêtant et expérimental « Words » qui ouvre l'album, avec ses boucles de voix obsédantes, à l'imparable « No disappointment », en passant par le rageur et frénétique « I feel Off » ou le tubesque « Why can't I relieve you? » et son final jouissif, jusqu'au très disco « Don't take a chance » qui termine l'album, Gomm multiplie les fausses pistes et les surprises, ici, en expédiant en moins de 3' ce qui doit l'être, et là, en prenant son temps pour poser l'ambiance du morceau au cours d’une longue introduction (« Fiction ») ou d'un final frénétique, hystérique et paranoïaque (« Good sides »). Gomm ose aussi d'improbables mélanges pourtant cohérents entre l'hypnotisme des rythmiques, les mélodies de claviers enivrantes, les guitares tour à tour tendues, tranchantes, saturées ou aux solos flirtant avec le hard-rock.
Fermez les yeux, oubliez ce que vous savez sur Gomm et essayez de deviner à l'écoute de « 4 » d'où vient le groupe: Chicago, New-York ou Lille? Peu importe… avec ce nouvel album Gomm inscrit son travail dans la durée et confirme son statut d'électron libre sur la scène rock hexagonale, loin des sentiers battus, du formatage et de la hype.